Matera et la région Basilicate…

Matera et la région Basilicate

La Basilicate, région encore méconnue non seulement dans le monde mais aussi en Italie.

Anciennement appelée Lucanie, elle couvrait durant l’occupation romaine une superficie beaucoup importante, elle fut ensuite divisée à plusieurs reprises au cours de l’histoire. La Basilicate telle que nous la connaissons aujourd’hui fut délimitée dans la deuxième moitié du XVIIème siècle, elle forme le ‘creux de la botte’, entourée par les régions Pouilles, Calabre et Campanie.

D’une superficie d’environ 10 000 km2, elle se subdivise en deux provinces Potenza, le chef-lieu de région et Matera, et se caractérise par toutes sortes de paysages : plaine sur le versant ionien, collines à la frontière avec les Pouilles, Dolomites Lucaniennes dans le centre, paysage lunaire à la frontière avec la Calabre, Appenins Lucaniens vers le versant tyrrhénien.

Terre de passage incontestable, les découvertes archéologiques et différentes architectures nous rappellent l’influence de tous ces peuples qui ont dominé le sud de l’Italie.

En pleine phase de développement touristique, la région offre au regard du visiteur des paysages encore intacts et insolite.

Matera, anciennement chef-lieu de région de 1663 à 1806, est depuis 1927 la deuxième Province de la région. Elle fait partie du patrimoine mondial de l’Unesco depuis 1993, essentiellement en raison du système de récolte des eaux de pluie indissociable des habitations qui forment les vieux quartiers « Sassi ».

Unique en son genre, elle fait partie des villes les plus anciennes au monde et offre une stratification qui nous témoigne de la continuité de la présence de l’homme depuis des millénaires.

Les vieux quartiers aujourd’hui en cours de restauration provoquent des « émotions » : la roche émane une énergie plurimillénaire, cachés sur les flancs du ravin ils plongent le visiteur dans un autre monde, dans un silence mystique, les couleurs du ciel qui se reflètent sur le calcaire tendre éblouissent les regards.

Matera est aujourd’hui lauréate pour devenir la capitale Européenne de la culture pour l’an 2019.

Les Sassi di Matera, classés au Patrimoine Mondial de l’Humanité par l’Unesco ne s’identifient pas comme un monument, mais plutôt comme un système de vie et un modèle de développement millénaires.
Les Sassi représentent une agglomération urbaine unique au monde dans l’aride territoire de la Murgia.
Matera se dresse en effet sur un haut plateau calcaire avec une spectaculaire anomalie: un sillon central, un véritable canyon de 70/80 mètres, traversé par le torrent Gravina.
Le territoire de Matera fut habité sans interruption depuis le Paléolithique.
En ce qui concerne spécifiquement les quartiers des Sassi, ils sont nés vers la fin du XVe siècle. Les populations qui se sont succédé ont laissé un système urbain complexe où les constructions se superposent aux cavités naturelles.
Entre le XIXe et XXe siècle les quartiers des Sassi sont devenus la demeure des classes sociales les plus pauvres de la ville.
Elles ont ensuite déménagé dans un nouveau quartier, pour réhabiliter et assainir la zone. Aujourd’hui il est donc possible d’observer le noyau originel des Sassi et les habitations creusées directement dans la roche et dans le tuf, en éprouvant une sensation unique: celle d’être dans une crèche.
Le paysage magnifique de Matera a été le décor de beaucoup de plusieurs films célèbres et moins célèbres, italiens et étrangers, comme celui de Mel Gibson La Passion du Christ.

Les Sassi et le parc des églises rupestres de Matera

Situé dans la région du Basilicate, c’est l’exemple le plus remarquable et le plus complet d’un ensemble d’habitations troglodytiques de la région méditerranéenne, parfaitement adapté à son terrain et à son écosystème. La première zone habitée remonte au paléolithique et les habitations postérieures illustrent un certain nombre d’étapes importantes de l’histoire humaine.

Les Sassi de Matera et leur parc sont un remarquable exemple d’habitat rupestre parfaitement adapté à sa situation géomorphologique et à son écosystème, et présentent une continuité de plus de deux millénaires. Ils sont un important témoignage d’habitat traditionnel et d’exploitation du territoire, qui illustre l’évolution d’une culture qui a su maintenir, au fil du temps, une relation harmonieuse avec son environnement naturel.

La région de Matera a été habitée par l’homme dès le paléolithique. C’est après le premier âge glaciaire que s’y développèrent les premiers villages, dont l’économie se fondait sur l’agriculture. La déforestation de la zone entraîna une importante érosion et créa un problème de gestion des eaux. L’invasion graduelle des champs par la garrigue et le maquis entraîna un passage de l’agriculture à la transhumance pastorale. Le développement de Matera s’explique par sa position géologique : une ceinture de tuf tendre située entre 350 et 400 m au-dessus du lit de la vallée renferme deux dépressions naturelles (grabialioni) ; c’est là que se développa l’habitat. Le plateau argileux situé au-dessus était réservé à l’agriculture et à l’économie pastorale.

Avec les âges des métaux, la création de meilleurs outils permit de creuser plus facilement les tendres bancs de tuf et de calcaire affleurant dans les gravine (gorges ou canyons). Dès l’âge du bronze, on a témoignage du creusement de citernes et de tombes souterraines, et surtout de maisons rupestres qui ouvraient sur un espace central (jazzi). Les blocs de tuf extraits furent utilisés pour la construction de murs et de tours. Ces aménagements étaient plus facilement réalisables sur les côtés du ravin, où affleurait une couche de tuf plus tendre. La colonisation grecque favorisa l’introduction de technologies et de structures politiques plus développées, influencées par l’école pythagoricienne. Les habitats dispersés plus anciens se regroupèrent alors en centres de gouvernement urbains, ayant leurs propres rois (les Re Pastori), qui formèrent dans certains cas de véritables villes. L’âpreté du paysage favorisa le développement d’un esprit de farouche indépendance, qui résista aux vagues successives d’envahisseurs postérieures à la période byzantine. La région exerça également une forte attraction sur les communautés monastiques et utopiques.

Cette organisation ne connut pas de changement notable jusqu’au XVIIIe  siècle. L’expansion et les interventions des XIXe et XXe  siècles conduisirent à l’abandon de l’ancien principe de gestion de la terre fondé sur l’alimentation en eau et le drainage jusqu’au plateau argileux situé au-dessus.

La plus ancienne forme de maison consiste en une simple grotte creusée dans le tuf, fermée par un mur construit avec les blocs ainsi extraits. Ce type d’habitat très simple fut ensuite agrandi par une salle voûtée (lamione) construite dans l’espace ouvert, et subit plus tard différentes adaptations et extensions importantes. Les maisons groupées autour d’une cour commune donnèrent naissance à la structure sociale du vicinato , dont les habitants partageaient un certain nombre d’installations, notamment une citerne. Le centre fortifié de la ville (cività), qui renferme la cathédrale, a été installé entre les deux sassi . Ateliers et greniers se trouvaient en dehors de la cività , qui était reliée aux sassi par des sentiers étroits et des escaliers. L’alimentation en eau était remarquablement organisée : recueillie sur le plateau situé au-dessus, elle descendait au niveau des maisons par la seule force de gravité. Avec la croissance de la ville, les maisons rupestres se multiplièrent, escaladant la colline ; dans nombre de cas, leurs toits servent de rues à celles qui se trouvent au-dessus. Les maisons devinrent progressivement plus imposantes, et l’on y construisit des jardins en terrasses à la Renaissance.

Description historique

La région de Matera est habitée depuis 1′ époque paléolithique. Dès la fin de l’ère glaciaire, des villages protégés, permanents et agricoles sont apparus. La déforestation de la région a conduit à une érosion sévère avec pour conséquence des difficultés de gestion des ressources en eau. L’invasion progressive des champs par la garrigue et le maquis a eu pour résultat le passage de l’agriculture à l’élevage transhumant. L’introduction d’outils plus performants à l’âge des métaux a facilité le travail de la couche calcaire à la surface des ravines (gorges et canyons). On a découvert des citernes, des tombes ainsi que des habitations souterraines ouvertes sur un espace central (jazzi) datant de l’âge du bronze. Les blocs de calcaire mis à jour étaient utilisés pour la construction des murs et des tours. Ce procédé était plus facile sur les versants des ravines où la couche superficielle et tendre de tufo est accessible.

La colonisation grecque, sous l’influence de l’école pythagorienne, a introduit une technologie et une structure politique plus affinée. Les premiers campements dispersés se sont alors regroupés en centres urbains dirigés par leur propre roi ( i Re Pastori) qui sont ensuite devenus de vraies villes. L’aridité du paysage s’est traduite par un renforcement de l’esprit de forte indépendance qui a résisté aux vagues successives d’envahisseurs qui ont succédé à la période byzantine. Cette région a également attiré un bon nombre de communautés monastiques et utopistes.

Le développement de Matera résulte de sa situation géologique à savoir, une ceinture de calcaire tendre sur une épaisseur de 350 à 400 mètres au-dessus du lit de la vallée et deux dépressions naturelles (grabiglioni), ce qui a favorisé 1 ‘occupation humaine. Le plateau argileux qui dominait était réservé aux cultures et aux pâturages.

Cette organisation resta inchangée jusqu’au 18ème siècle. Les modifications et la croissance des 19ème et 20ème siècles vinrent modifier cet ancien principe de gestion territoriale basée sur l’alimentation et la distribution de l’eau jusque sur le plateau argileux. Le tissu originel urbain décrit par le géographe du 12ème siècle El Iarisi comme « magnifique et splendide » est vu par Carlo Levi dans « Le Christ s’est arrêté à Eboli » publié en 1945, comme le symbole de la misère de la vie paysanne dans l’Italie du sud. L’intérêt du gouvernement italien pour ce problème a abouti au cours des années 1950, à l’adoption d’une législation favorisant le relogement des habitants des vieux quartiers dans de nouveaux immeubles et à la désertification du centre ville.

Matera, un décor biblique

C’est une Jérusalem de cinéma, une Bethléem pour grand écran. Dans ce décor pétrifié de façades blanches accrochées à flanc de ravin, Mel Gibson a tourné La Passion du Christ (2003). Bien avant lui, ce chaos urbain surgi de la nuit des temps avait été choisi par Pier Paolo Pasolini pour son Evangile selon saint Mathieu (1964). Dernièrement, les producteurs de Time Warner n’ont pas cherché longtemps où installer le tournage de La Nativité, l’histoire d’amour entre Marie et Joseph sortie en 2006.

Matera est une ville de Palestine égarée au sud de l’Italie ; une Palestine tout droit sortie d’un vieux livre de catéchisme, avec ses paysages de plateaux désolés et de collines arides, ses villages blancs assoupis sous le soleil, ses troupeaux de moutons au milieu de champs pierreux. Curieux destin pour une terre dont les habitants, il n’y a pas si longtemps, se croyaient exclus de la chrétienté. Eh oui, expliquaient les paysans du coin à Carlo Levi, jeune médecin turinois relégué ici par le pouvoir fasciste à la fin des années 1930, « le Christ s’est arrêté à Eboli ».

De nos jours, personne ne fait étape à Eboli, agglomération quelconque de Campanie, mais qui pense à pousser jusqu’en Basilicate ? Dissimulée dans la semelle de la Botte, cette région autrefois appelée Lucanie vaut pourtant un détour. C’est là, à l’écart des chemins touristiques de masse, que Matera veille sur ses Sassi, deux quartiers creusés dans le roc – d’où leur nom signifiant « pierres » ou « cailloux ». Les maisons enchevêtrées semblent se retenir les unes les autres pour ne pas finir dans le lit du torrent Gravina, plusieurs dizaines de mètres en contrebas. « C’est ainsi qu’à l’école nous nous représentions l’enfer de Dante », a écrit Carlo Levi, en découvrant cet urbanisme anarchique voué au précipice.

Le Sasso Barisano, au nord, et le Sasso Caveoso, au sud, seulement séparés par un promontoire rocheux sur lequel se dresse une cathédrale romane du XIIIe siècle, procurent toujours la même émotion quand on les aperçoit pour la première fois depuis la place Vittorio-Veneto, au centre de Matera. A une différence près : ils ne sont plus habités par la misère comme au début du siècle et jusque dans les années 1950, quand plus de 18 000 personnes s’y entassaient dans les pires conditions sanitaires. « La honte de l’Italie », révélée aux Italiens par le roman de Carlo Levi Le Christ s’est arrêté à Eboli, paru après-guerre, est devenue un objet de fierté en 1993 lorsque l’Unesco en a fait le premier « paysage culturel » inscrit au Patrimoine mondial de l’humanité.

Le succès planétaire du film de Mel Gibson a provoqué un fugace afflux touristique venu des Etats-Unis, mais Matera reste une destination rare. Seule méthode valable pour visiter les Sassi : se lancer au petit bonheur dans le labyrinthe des ruelles et des escaliers en oubliant dans sa poche le plan récupéré à la réception de l’hôtel.

Comment s’orienter de manière cartésienne dans cet entrelacs urbain habité sans discontinuité depuis dix mille ans ? Une volée de marches suffit pour passer du néolithique au Moyen Age. Au coin d’une venelle surgit un vestige grec, tandis qu’à trois pâtés de maisons on aperçoit une façade baroque. En franchissant le seuil d’un anonyme bâtiment, nous voilà dans le silence d’un lieu de culte paléochrétien. Par un trou dans le mur recouvert de fresques délicates, il communique avec les grottes-taudis où s’entassaient encore familles et animaux au milieu du XXe siècle.

Une balade dans les Sassi est un exercice physique, surtout quand le soleil chauffe à blanc cet univers minéral ou que, à l’inverse, siffle une bise glaciale entre les parois du canyon. Monter, descendre, toujours.

Cet habitat troglodyte creusé dans le tuf depuis la préhistoire s’étage sur plusieurs niveaux, parfois près de dix. Si bien qu’il n’est pas rare de croiser une cheminée au milieu de la rue, souvent tracée à même le toit des habitations.

Mais visiter les Sassi, c’est d’abord crapahuter dans l’histoire de l’humanité : une expérience intellectuelle et spirituelle à vivre dans quelques-unes des 140 églises rupestres creusées par les communautés monastiques qui se sont succédé dans la région entre le VIIIe et le XIIe siècle. Un itinéraire spécialement jalonné dans le Sasso Caveoso permet de découvrir les plus représentatives, décorées de fresques d’inspiration byzantine ou normande.

Assis à une terrasse à l’ombre de San Pietro Caveoso, petite église baroque posée au bord de l’à-pic, le touriste prend brusquement conscience de l’étrangeté du lieu. Plus que l’austère beauté du paysage, c’est le silence qui étreint l’âme. Pas de bruit de voiture, et pour cause. Ni éclats de voix ni cris d’enfants. Aucun de ces échos familiers. Lestrois quarts de ses habitants ayant été relogés de force en 1952 par le gouvernement dans des quartiers neufs à la périphérie de Matera, la vieille ville est restée abandonnée pendant des années, nue et vide, hésitant longtemps entre la ruine définitive et un destin artificiel de musée.

Peu à peu, la vie a repris sur les 30 hectares de Sassi. Des urbanistes du monde entier se sont passionnés pour leur écosystème, un astucieux mécanisme de ventilation naturelle, de récolte des eaux de pluie et de stockage des déchets qui a traversé les millénaires. Seule la surpopulation en a eu raison, les égouts et les citernes ayant été transformés en habitations.

Désormais, il n’est plus interdit d’habiter les Sassi, dont la réhabilitation est encouragée par les autorités. Des hôtels de luxe s’y sont installés, dans le respect de l’architecture troglodyte. Des chambres d’hôtes, des trattorias et des lieux d’expositions s’ouvrent progressivement.

Les particuliers y reviennent, qui pour restaurer et habiter la maison de ses parents, qui pour s’aménager la plus tendance des résidences secondaires. La commune concède gratuitement les locaux pour quatre-vingt-dix-neuf ans et l’Etat subventionne jusqu’à 60 % des travaux. Les nouveaux résidants sont encore peu nombreux : on estime à plus de 3 000 le nombre des habitations disponibles, dont une bonne moitié (1 672) sont entièrement creusées dans la roche calcaire. Après avoir été un laboratoire architectural pour quelques spécialistes, puis un lieu de tourisme culturel, les Sassi de Matera s’apprêtent à renaître à la vie sociale.

Bientôt, les chiens errants ne seront plus les seuls à s’y prélasser en maîtres des lieux.

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