Palazzo Margherita…Francis Ford Coppola
À Bernalda en Basilicata…Francis Ford Coppola a renoué avec ses racines en acquérant le Palazzo Margherita. Avec le décorateur Jacques Grange, il en fait un Hôtel de Luxe au Chic Bohème, chaleureux comme une maison de famille.

En 2005, Francis F. Coppola achetait un palais à Bernalda, le village de son grand-père,
dans le sud de l’Italie. Après des années de travaux, il en a fait le plus exclusif des hôtels
car on dort véritablement dans sa suite ou dans celle de sa fille Sofia. Bienvenue dans une maison de famille à l’irrésistible charme
C’est un peu le bout du monde. Arrivé à l’aéroport de Bari, il faut compter ensuite une bonne heure de route pour rejoindre le petit village de Bernalda. On a quitté les Pouilles pour la Basilicate.
Dans la rue principale, à deux pas du square, la voiture stoppe devant une belle façade. Pas d’enseigne. Juste une grande porte en bois, mais quand elle s’ouvre, on comprend que l’adresse est d’exception.
La demeure a tout d’un petit palais, avec sa cour et ses deux ailes fermées par un magnifique portique. Derrière se devine un jardin luxuriant, une fontaine, des palmiers, des cyprès. Plus tard, on découvrira également des cactus, des arbres fruitiers, un potager et une magnifique piscine. Mais pour l’instant, on n’a qu’une hâte :grimper le grand escalier décoré de faux marbre, pour découvrir « la maison de famille » de Francis F. Coppola.





On sait que le célèbre réalisateur a le goût des hôtels : il en a déjà imaginé au Belize, Guatemala, La Nouvelle Orléans et en Argentine, des lieux intimes, de taille humaine, avec une âme. Mais ici, cette conception s’est doublée d’une demande plus précise encore : concevoir un lieu où ses propres enfants se sentent chez eux. Une demeure
qui symbolise les origines familiales : son grand-père est né à Bernalda et y a passé les vingt premières années de sa vie, avant de s’exiler aux États-Unis.
Lors d’un tournage en Europe, Francis Ford Coppola était venu en pèlerinage découvrir la région et était tombé amoureux du village. Bien des années plus tard, en 2005, il achetait le petit palais et entamait les travaux, aidé dans sa vision par le décorateur Jacques Grange.
Le résultat est d’une grande élégance. Non seulement on plonge dans l’Italie du début du XXe siècle, avec lustres de Murano et mobilier ancien, mais on se sent véritablement dans une maison privée car certaines chambres reflètent la personnalité des membres de la famille.
Pour celle du maître de maison, Jacques Grange a voulu une touche orientale, avec des fresques, une cheminée et une tête de lit qui nous font traverser la Méditerranée, Hommage subtil à Maria Zasa, la grand-mère du réalisateur qui était née à Tunis. Pour la chambre de Sofia, l’ambiance est cette fois romantique et féminine, avec un
Trompe-l’œil de treillages et de paysages fleuris, un peu évanescents.
En revanche, beaucoup plus sobre, la chambre de Roman évoque le style Art Déco et ses
murs n’ont aucune fresque. L’impression de ne pas se sentir à l’hôtel est également renforcée par l’absence de salle de restaurant. En fonction de l’envie, on peut dîner sur sa terrasse privée, dans la cour à la lumière des bougies ou dans une vaste cuisine, pour ne rien perdre des subtilités des plats locaux élaborés parle talentueux chef Tommaso Lacanfora.
Plus convivial encore, le Bar Cinecittà quidonne sur la rue, permet de se frotter aux Autochtones. On y savoure un plat de pâtes sous les photos d’acteurs et d’actrices illustres soigneusement sélectionnées par Coppola. Il y a même un juke-box qu’il a rapporté des États-Unis. Pour ceux qui veulent rester incognito, un autre bar, uniquement réservé aux clients, se trouve à l’étage. Idéal pour prendre un dernierverre, après une séance cinéma… Juste à côté se trouve, en effet, le grand salonoù d’un simple clic, le lustre monte se cacher dans le plafond, tandis qu’un écrande cinéma descend… Confortablement installés, on n’a alors que l’embarras duchoix pour revoir un grand classique.
Elaborée bien sûr par Francis F. Coppola, la liste compte 300 chefs d’œuvre. Et même s’il n’est pas là pour le voir, on se laissera tenter par Le Parrain, qui dans cette maisontrouve un cadre idéal.

Visite guidée avec le Réalisateur.
C’est de Bernalda, petite ville perdue dans le talon de l’Italie, qu’Agostino, grand-père de Francis Ford Coppola, est parti en 1904 pour chercher fortune aux États-Unis. En 1962, à 23 ans, tout juste diplômé de l’UCLA School of Theater, Film and Television, et un Samuel Goldwyn Writing Award en poche, c’est dans une Alfa Romeo Giulietta (il vient de s’offrir ce Spider grâce à un job de preneur de son pour Roger Corman), que le petit-fils fonce vers la terre familiale. Il la voit pour la première fois. Le coup de foudre est immédiat. Il y retrouve la saveur des histoires et des plats de son enfance, se lie avec les oncles, les tantes, les cousins. Mais il faudra attendre 2005, et l’acquisition du Palazzo Margherita, pour que Francis reprenne vraiment racine en Basilicata, au n° 64 du Corso Umberto I de la « Bella Bernalda
». Après six ans de travaux épiques, le petit palais du XIXe siècle, qui ne compte pas plus de six pièces, accueille la famille Coppola autour de son immense table de cuisine et voit, l’année dernière, le mariage de Sofia. Aujourd’hui ce « pocket hotel » est ouvert à tous.
Si vous deviez définir le Coppola lifestyle?
Francis Ford Coppola. – L’amour de la vie, l’amour de la famille, l’amour de la beauté.
Le Palazzo Margherita est votre cinquième« pocket hotel », avant d’en faire des « maisons d’hôtes », vous en avez toujours fait des« maisons de famille ». Comme si vous aviez besoin de les patiner à votre contact avant de pouvoir vous en déprendre.
Peut-être parce que je m’implique pleinement dans leur conception, veillant aux moindres détails. J’y mets toujours beaucoup de moi-même. Je choisis jusqu’aux petites cuillères ! Ici, j’ai même dessiné le lustre en verre de Murano de l’entrée. Et c’est ma famille qui joue le rôle de « client test ». Alors, forcément, le lieu reflète notre façon de vivre.
Pourquoi avoir choisi de confier la rénovation du Palazzo Margherita au décorateur français Jacques Grange ?
L’idée était justement de choisir un non-Italien, issu d’une culture différente, qui puisse apporter sa propre vision. J’ai découvert le travail de Jacques dans une très belle maison privée au Maroc. Il s’en dégageait une sensation de luxe informel qui m’a totalement séduit. Cette sensation, c’était exactement ce que je recherchais pour le palazzo.

« Ma fille Sofia a choisi de se marier ici »
Quelles ont été vos influences, vos références ?
Le « chic bohème » que Jacques avait si bien su exprimer à travers cette maison (celle d’Yves Saint Laurent). Et mon amour pour l’Afrique du Nord, qui me vient de ma grand-mère, une Italienne qui a vécu un temps en Tunisie. Il m’a semblé que cette association, de somptueux et d’exotisme décontracté était la clé pour ce petit palais du sud de l’Italie. On ne pourrait que s’y sentir bien, heureux.
Qu’est ce qui vous a donné l’envie de renouer avec vos racines italiennes ?
L’héritage familial constitue ce que l’on a de plus fondamental en nous. Que mes enfants et petits-enfants sachent d’où ils viennent, où s’ancrent leurs racines, c’est important pour moi comme pour eux. Mon grand-père est mort quand j’étais très jeune, mais ses histoires, si étonnantes, si drôles, sur son enfance à « Bernalda Bella » m’ont profondément marqué. Jeune homme, je n’ai pas pu résister à l’envie de découvrir cette terre mythique ! Je n’ai pas été déçu. Ici, c’est l’Italie authentique, la vraie. La Basilicata, ce sont des champs à perte de vue, des vignes, des paysages à couper le souffle. On voit le monde tel qu’il devrait être…
Quelle est votre façon de transmettre, à votre tour, cet héritage à vos enfants et à vos petits-enfants ?
Les histoires que je leur raconte, les plats que je leur concocte, les films que je leur montre (Coppola a sélectionné plus de 300 classiques italiens à visionner dans le salon-salle de projection du Palazzo. En cinquante ans, plus de quarante films ont été tournés en Basilicata, dont les cultissimes Le Christ s’est arrêté à Eboli, et Trois Frères, NDLR). C’est ma façon de leur transmettre mon amour pour les gens, de leur dire à quel point être ensemble donne du bonheur. Et ce n’est pas un hasard si ma fille Sofia a choisi de se marier ici. La beauté du jardin, la joie qui se dégage de cette petite ville d’Italie : elle les a ressenties.
Les motifs mauresques sont un clin d’œil à l’Afrique du Nord.
LE “BERNALDA GUIDE” DE COPPOLA
Vos lieux favoris ?
« Le bord de mer à Metaponto (à une vingtaine de minutes du Palazzo). Aller et venir dans la rue principale et dire bonjour à tous les voisins. Le jardin du Palazzo avec ses oliviers et le petit parc qui lui fait face. »
Vos spécialités préférées ?
« L’huile d’olive, les vins (Aglianico, Terra dell’Alta, Val d’Agri, Matera…), la mozzarella, la salsiccia di Lucania (saucisse typique), les peperoni cruschi (poivrons séchés au soleil), les lampascioni (petits oignons sauvages)… Je pourrais continuer à l’infini. »
Où déjeuner ou dîner ?
« Au Cinecittà Bar du Palazzo Margherita. J’y ai mis des photos des grandes figures du cinéma. »
Où prendre un verre ?
« À l’Azimut Café, sur le Corso Umberto I, ou chez Gianni, au restaurant Il Frantoio, qui jouxte le Palazzo. »
L’événement à ne pas manquer ?
« La fête de San Bernardino, pour ses émouvantes processions (en août) et les fêtes traditionnelles et religieuses qui se succèdent durant l’année. Elles font vraiment partie du paysage ! »
